Le Napoléon : histoire et évolution de la pièce d’investissement de référence
Plus de deux siècles d’histoire monétaire condensés dans 6,45 grammes d’or.
On l’appelle familièrement « Napoléon », « Louis d’or » ou simplement « 20 francs or ». Derrière ce surnom passé dans le langage courant se cache l’une des pièces d’or les plus emblématiques de l’histoire européenne : un disque de 21 mm pour 6,45 grammes, dont 5,80 grammes d’or fin, frappé à des centaines de millions d’exemplaires entre 1803 et 1914. Voici comment cette pièce, née d’une réforme monétaire napoléonienne, est devenue la référence absolue de l’or d’investissement en France.
La genèse : le franc germinal (1803)
À son arrivée au pouvoir, le Premier consul Napoléon Bonaparte hérite d’une situation monétaire chaotique. Écus de l’Ancien Régime, louis d’or, assignats dépréciés et pièces révolutionnaires de toutes natures circulent en parallèle. La confiance dans la monnaie est ruinée.
Pour y remédier, la loi du 7 germinal an XI — soit le 27 mars 1803 — instaure un nouveau système monétaire stable, fondé sur un bimétallisme rigoureux : 1 franc équivaut à 5 grammes d’argent au titre de neuf dixièmes de fin (900 ‰), avec un rapport or/argent fixé à 1 pour 15,5. C’est ce que l’on appellera le « franc germinal ». Sa stabilité sera telle qu’il restera la base de la monnaie française jusqu’en 1914, traversant l’Empire, la Restauration, la monarchie de Juillet, la Deuxième République, le Second Empire et la Troisième République sans modification de poids ni de titre.
La naissance du « Napoléon » (1804)
La loi de Germinal pose le cadre, mais c’est un décret postérieur, daté du 7 messidor an XII (26 juin 1804), qui crée concrètement la pièce d’or de 20 francs destinée à supplanter l’ancien louis d’or royal. Une pièce de 40 francs est également prévue, mais c’est bien le 20 francs qui s’imposera dans les usages. Très vite, le peuple le surnomme « Napoléon », du nom de l’Empereur dont l’effigie figure sur l’avers.
Les premières frappes de 1803 portent la mention « Bonaparte Premier Consul » ; à partir de 1804, on lit « Napoléon Empereur » avec d’abord la légende « République française » au revers, puis « Empire français » à compter de 1809. La pièce, lancée en parallèle de pièces d’argent de 5, 2 et 1 franc, est rapidement frappée à très grande échelle pour replacer la monnaie sonnante au cœur de l’économie.
Caractéristiques techniques : une formule inchangée pendant 111 ans
Ce qui fait la singularité du napoléon, c’est la stabilité absolue de ses caractéristiques techniques sur plus d’un siècle, quels que soient les régimes politiques :
- Valeur faciale : 20 francs
- Poids brut : 6,45161 g
- Titre : 900 ‰ (90 % d’or pur, 10 % de cuivre)
- Poids d’or fin : 5,80644 g
- Diamètre : 21 mm
- Tranche : striée puis inscrite « Dieu protège la France » à partir de 1898
Cette constance est essentielle : une pièce de 1810 et une pièce de 1913 contiennent exactement la même quantité d’or. C’est précisément ce qui fonde, aujourd’hui encore, la liquidité et la fongibilité du Napoléon sur le marché de l’or d’investissement.
Une effigie qui change avec les régimes
Si la pièce reste techniquement identique, son iconographie suit les soubresauts politiques de la France. On distingue plusieurs grandes familles d’effigies, toutes regroupées sous l’appellation générique de « 20 francs or ».
Les Napoléon I (1803-1815)
Tête nue, puis tête laurée du Premier Consul devenu Empereur. Frappées à Paris (« A ») mais aussi dans des ateliers d’empire — Turin (« U »), Rome (« R »), Gênes, Utrecht — ces premières pièces sont aujourd’hui les plus recherchées par les numismates.
Les Bourbons et Louis-Philippe (1816-1848)
Avec la Restauration, l’effigie change : Louis XVIII (buste nu puis habillé), Charles X, puis Louis-Philippe Ier (tête nue puis tête laurée). Le mot « franc » remplace progressivement « napoléon » sur les écrits officiels, mais l’appellation populaire ne disparaîtra jamais.
La Deuxième République : le Génie et Cérès (1848-1851)
Pour la première fois, la République remplace les souverains : la pièce dite « Génie », gravée par Augustin Dupré, met en scène un génie ailé écrivant la Constitution. Le 20 francs Cérès, à l’effigie de la déesse romaine des moissons, est frappé en 1849 et 1851 — en quantités modestes.
Napoléon III (1852-1870)
Le neveu de Napoléon Ier fait son retour sur la pièce : d’abord en « tête nue » (1853-1860), puis en « tête laurée » (1861-1870), changement d’effigie souvent interprété comme la consécration impériale. Ces deux variantes sont, avec le Coq, les plus abondantes sur le marché de l’investissement.
La Troisième République : le Génie de Dupré et le Coq Marianne (1871-1914)
La République ressort le Génie de Dupré (1871-1898), puis adopte en 1899 la célèbre pièce dite « Marianne au Coq » — Marianne de profil à l’avers, coq gaulois au revers et devise « Liberté, Égalité, Fraternité ». Frappée jusqu’en 1914, c’est de loin la plus diffusée des pièces de 20 francs or, et celle que l’on rencontre le plus souvent aujourd’hui chez les épargnants français.
1865 : le Napoléon devient une monnaie internationale
Le 23 décembre 1865, à l’initiative de Napoléon III, la France, la Belgique, l’Italie et la Suisse signent une convention monétaire qui crée l’Union latine. La Grèce les rejoint dès 1868. Le principe est simple : tous les États signataires frappent leurs propres pièces (le napoléon en France, la lire en Italie, le franc en Belgique et en Suisse, la drachme en Grèce…) selon des standards strictement identiques de poids, de titre et de diamètre.
Concrètement, un 20 francs français, un 20 lire italien, un 20 francs belge ou un 20 francs suisse contiennent exactement la même quantité d’or et circulent indifféremment dans tous les pays membres. Au plus fort de son rayonnement, l’Union latine compte une trentaine de pays influencés par ses standards, de l’Argentine à la Finlande — sans toutefois inclure le Royaume-Uni ni l’Allemagne. Le napoléon devient ainsi une véritable monnaie de référence européenne, près d’un siècle avant l’euro.
La fin d’une époque : 1914 et l’entrée en réserve
La déclaration de guerre du 3 août 1914 met brutalement fin à la frappe : le gouvernement suspend la convertibilité du franc en or et invite les Français à rapporter leurs pièces à la Banque de France. La frappe du 20 francs or n’est jamais reprise. L’Union latine, déjà affaiblie, sera officiellement dissoute le 1er janvier 1927.
Mais Napoléon, lui, ne disparaît pas. Massivement thésaurisé pendant un siècle, il reste dans les coffres, les bas de laine et les héritages. Lors des grandes crises du XXe siècle — deux guerres mondiales, occupation, dévaluations, choc pétrolier — il joue son rôle de valeur refuge. Le « bas de laine » français devient l’un des stocks d’or privé les plus importants au monde.
Du moyen de paiement à la pièce d’investissement de référence
Au tournant des années 1970, après l’effondrement du système de Bretton Woods et la libéralisation du marché de l’or, le napoléon entre dans une seconde vie. Il n’est plus une monnaie d’échange, mais devient l’un des supports privilégiés de l’or d’investissement physique.
Plusieurs raisons expliquent ce statut :
- L’antériorité de la frappe : elle débute en 1803, donc bien après 1800, ce qui satisfait l’un des critères de l’or d’investissement au sens fiscal européen.
- Le titre de 900 ‰ : conforme au seuil minimal exigé pour qu’une pièce d’or soit reconnue comme or d’investissement et exonérée de TVA en France.
- Le cours légal historique : la pièce a effectivement circulé comme monnaie après 1800, autre critère de la directive européenne.
- La liquidité : des centaines de millions d’exemplaires en circulation, un format fractionné pratique, un marché secondaire dense.
- La standardisation : poids et titre identiques d’une pièce à l’autre, ce qui simplifie l’évaluation et l’échange.
Aujourd’hui, le napoléon est coté quotidiennement sur le marché parisien de l’or, son cours étant suivi avec autant d’attention que celui du lingot d’un kilo. Sa « prime » — l’écart entre son prix et la valeur de son contenu en or — fluctue selon le contexte économique : proche de zéro en période calme, elle peut grimper sensiblement lors des crises, signe que les épargnants se ruent sur cette valeur refuge.
Pour conclure, du décret de Bonaparte en 1803 aux coffres des particuliers d’aujourd’hui, le napoléon a traversé deux siècles, sept régimes politiques, deux guerres mondiales et l’avènement de l’euro sans rien perdre de sa valeur intrinsèque. Sa réussite tient à un principe simple, presque artisanal : 5,80 grammes d’or fin, toujours les mêmes, frappés sur un disque de 21 mm. Cette stabilité est précisément ce qui en fait, encore aujourd’hui, la pièce d’investissement de référence en France — et l’un des plus beaux symboles de la longévité de l’or comme valeur refuge.
Pour en savoir plus sur le sujet, lisez L’histoire de l’or : de métal “venu des étoiles” à valeur refuge moderne.
Si vous possédez des pièces Napoléon, le moment est peut-être venu de les revendre, avec l’or qui est au plus haut.
| Kolidor est un service de rachat en ligne développé spécialement par le Comptoir de Change Opéra (CCO) pour vendre à distance ses bijoux et objets en métaux précieux. Fondé en 1955, CCO et son site de vente CCOpera.com sont supervisés par la Banque de France et l’ACPR (Autorisation N°80002). |